Une saine colère inappropriée

Colère

 

 

 

 

Ce matin, je n’ai pas fait ce que j’avais prévus. Je me suis posé et j’ai regardé ma colère avec une critique extérieure.
En tant que parent je pensais qu’il fallait que j’arrête mes colères, que je la contrôle ou la fasse taire, puis je découvre que j’aime ma colère.

Ce matin j’ai explosé de colère envers mon fils de 4 ans. Après, j’étais vraiment mal. J’avais honte de mon comportement pour autant mon fils avait dépassé une de mes barrières infranchissables : violence et injustice.


 

Voyage au cœur de ma colère

Tout part d’un fait :

  1. J’entends mon fils qui repousse son petit frère (2 ans) : »Non ! C’est ma place »
  2. J’entends le petit hurler, je me déplace.
  3. Je vois le plus grand tenant le bras de son petit frère (2 ans) qui se contorsionne et hurle

C’est à ce moment que mon cerveau se met en route :

  1. Il me semble que le grand est impassible : c’est un jugement
  2. Je pense qu’il serre vraiment fort le bras de son petit frère
  3. J’imagine une volonté de faire mal de la part du plus grand
  4. Je crois que le petit hurle parce qu’il a mal

Cela déclenche ma colère, et je réagis car je veux :

  1. Stopper la douleur du plus petit
  2. Le défendre (justicier)
  3. Faire comprendre au grand que son comportement est inacceptable

D’où viens cette colère ?

Je vois un être que j’aime souffrir, je désirs le sauver de sa souffrance.
Ce sentiment de devoirs de protection est sublimé par le fait que je suis le Papa de cet être : je donnerais ma vie pour lui.
Je me sens un devoirs de protection du plus faible face au plus fort
Je me sens le devoirs de combattre l’injustice

La scène que je vois est inacceptable et cela provoque ma colère.

Cette colère me permet de stopper immédiatement la douleur du petit et de rendre justice.

Et bien une colère qui est présente pour combattre l’injustice et défendre le plus faible. Une colère qui me permet de me révolter et de dire non et stop immédiatement, je trouve cela sain. Je trouve que cette colère est belle.

Pourtant, me rendre compte de cela ne suffit pas à apaiser mon malaise. Alors, d’où vient-il ?

Quel exemple, quel enseignement ?

J’ai d’abord pensé que mon malaise venait de l’exemplarité en tant que père donné à mon fils de 4 ans :

  • Je désirs lui apprendre qu’il est possible de se faire comprendre et d’agir sans violence, et j’agis avec violence.
  • Je désirs lui montrer que la force n’est pas une solution, j’emploi la force.
  • Je désirs lui transmettre comment gérer ses émotions et je ne gère pas les miennes.

Je ne suis pas cohérent,  suis-je « mauvais père » ? Comment agir autrement ? Je suis tiraillé entre deux feux : Bienveillance et Valeur et je culpabilise.
Pourtant, en y regardant de plus prés, je lui montre, je lui enseigne aussi que je suis humain, je lui montre a quel point mes valeurs sont fondamentales.
Et finalement dans notre monde si  la force, la colère, et la violence sont à éviter, parfois elles semblent inévitable. (pas dans mon  cas présent ;-))
Je transmet à mon fils autre chose : l’incohérence de l’humain (ce qui fait que nous ne pouvons être remplacé par des machines ;-)

A ce stade de ma pensée, je me suis rendu compte que ma colère, au lieu d’être honteuse est plutôt belle. Que je n’enseigne pas ce que je désirs, mais d’autres informations fondamentales aussi. Pourtant mon malaise perdure.

Pourquoi suis-je donc tant gêné par ma colère ?

Détruire, les personnes, la vie, les objets, faire mal à son frère est inacceptable et ne sera jamais acceptable pour moi. Si je dois mettre une barrière physique, je mettrais une barrière physique. La colère n’est pas une solution, mais je suis encore un être impulsif en phase d’apprentissage. Pourtant sachant cela, je ne me pardonne pas, une gêne est là. Immense. Quelque chose ne va pas.

D’où viens ma gêne ? Elle ne vient plus de ma colère.
La gêne de ma colère était le petit arbrisseau qui me cachait la forêt : Il y a la un truc qui cloche,  ne va pas, d’anormal, de bizarre, de dérangeant…

Je ne suis pas sur que mon fils faisait mal à son frère  de manière consciente, volontaire et dans le but l’objectif de faire mal. L’attitude de mon fils ne lui correspond pas. S’il peut défendre son territoire, il n’est pas agressif. Lorsqu’il frappe trop fort ce n’est jamais par volonté, lorsqu’il veut faire la bagarre, il freine ses coups… Je me rend compte que c’est mon cerveau, mon imagination qui a créée ma vérité. C’est mon imagination qui a créé l’injustice. J’ai interprété, analysé, filtré ce que me donnaient mes capteurs auditif, visuels et sensoriel :

Ma colère (saine ou non) est totalement inappropriée, elle n’a pas sa place car ma réalité est fausse.

 Décryptage :

Au 4) il me semble que mon fils est impassible face à la douleur de son petit frère.

Après échange avec lui, il s’avère qu’il était intransigeant sur le fait qu’il ne céderait pas sa place.

au 5) Je penses que mon fils serrait fort le bras de son petit frère.

Lorsque je lui ai demandé de me montrer la force avec laquelle il serrait, je me suis rendu compte qu’il ne serrait pas du tout le bras, c’est son petit frère qui poussait sur sa main en se tordant et hurlant pour prendre la place.
Mon fils n’était pas en mode « Attaque » mais opposition et défense de son territoire.

au 6) j’analyse et conclu que mon fils diabolique et mon univers devient manichéen : dark vador est de retour !
au 7) Je confirme ma pensée qui devient une croyance : le petit hurle parce qu’il a mal.

Enfin, ma croyance deviens une vérité : mon fils fait mal volontairement à son petit frère.

Ce processus dis autrement :

  1. Mon jugement est faussé,
  2. Ma pensée est déformée,
  3. Ma croyance est aberrante,
  4. Ma vérité irrationnelle,
  5. Ma réaction absurde.

Ma colère, ma violence sont absurdes, saugrenues à un tel point que l’on pourrait en rire.

Ce qui aurait permis de lutter contre ma colère :

La pensée est extrêmement rapide : c’est de l’électricité qui circule dans notre tête. Notre pensée se construit pratiquement à la vitesse de la lumière. Je me sais impulsif, il me faut non pas ralentir mais stopper ma pensée.
La parole permet cela. Je peux décrire la situation a haute voix : « Je vois mon fils qui tiens son petit frère qui hurle ».

En CNV, on connait les bienfait de la description pour l’échange sur la personne en face de nous (prise de conscience, non jugement, accès au dialogue). On parle moins, des effets pour la personne qui l’exprime.
Pour moi qui suit extrêmement sensible, impulsif, qui ne sait pas encore toujours gérer mes émotions,  exprimer à haute voix les faits me permet de stopper ma pensée et de m’ouvrir à l’écoute.

On vient de voir que toute ma colère vient de ma pensée de mon jugement. L’origine de ma colère est le moment précis où mon cerveau s’est mis en ébullition.  L’enjeu est donc pour moi de le changer de mode : le faire passer mon cerveau du mode analyse en mode enregistrement : nous ne pouvons pas faire les deux en même temps. Lorsque j’observe je ne juge pas.

En décrivant la situation :

  1. Cela m’oblige à observer.
  2. Lorsque j’observe je suis à l’écoute avec mes yeux.
  3. Lorsque j’écoute, mon cerveau devient attentif à l’information. Il n’est plus en mode analyse où décryptage, il devient un enregistreur qui prend connaissance, qui acquiert de la connaissance.
  4. Lorsque j’écoute avec mes yeux, il est facile et logique que mon cerveau veuille encore plus d’informations. Et là j’apporte mon attention sur le cris : est ce que les pleurs sont vraiment de douleur ? Puis je vais me mettre à rechercher encore plus d’information : je vais poser des questions. Je suis à l’écoute de mes enfants.

En décrivant je passe en mode écoute. je court-circuit le mode analyse (puis ré-action) de mon cerveau pour passer en mode réception d’informations. Lorsque mon cerveau se met à analyser c’est trop tard.

En tant que parent, défendre mes valeurs est indispensable : ce sont mes barrière, mes limites que je pose à mes enfants.
Et au delà de ces barrières, mon rôle de parent est de partir à la recherche de la vérité plutôt que de ma vérité est indispensable.

La leçon que j’ai appris :

J’ai de nouveau un exemple que dans un conflit de fratrie, en tant que parent, il est nécessaire de parvenir à ne pas prendre partie: A chaque fois que je tombe dans ce piège je ne suis pas à l’aise et pas bien car je n’ai pas la vérité. J’y tombe chaque jour, et ce n’est pas grave ;-)

Je vais maintenant travailler sur le fait de stopper ma réflexion, mes analyses, plutôt que d’essayer de gérer mes émotions. Car au  finale, je constate que ma colère fut belle, voir honorable, mais totalement inappropriée…

Connexes, résonances :

En écrivant cet article, voici deux choses qui ont résonné en moi :

  1. Sur ce que nous sommes en réalité dans notre humanité. « Mon jugement est faussé, ma pensée est déformée, ma croyance est aberrante, ma vérité irrationnelle, ma réaction absurde. » Je trouve que cela peut-être une des clefs d’explication du terrorisme. Lorsque j’y pense, mon action est aussi absurde que les événements tragiques de 2015.
  2. Sans la colère je suis aujourd’hui incapable d’utiliser ma force, comment faire pour utiliser ma force (séparation physique) sans force ?

Merci pour votre lecture, n’hésitez pas à m’interpeller et faire grandir la réflexion.

 

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